Les USA sont le bruit. La Russie est le signal.

Un client m’a récemment demandé : « Que pensez-vous de la réserve stratégique Bitcoin annoncée par Trump ? » Ma réponse l’a surpris : « Regardez moins Washington. Regardez Moscou. »
La presse occidentale couvre chaque tweet, chaque déclaration, chaque nomination américaine liée aux crypto-actifs. Les conférences se multiplient. Les ETF battent des records. Michael Saylor remplit les salles. Le Bitcoin Policy Institute organise des sommets. L’Amérique parle fort.
Pendant ce temps, la Russie agit.
Le théâtre américain
Janvier 2024 : approbation des ETF Bitcoin Spot. Mars 2025 : annonce d’une réserve stratégique nationale. Les gros titres s’enchaînent. Wall Street applaudit. Les maximalistes célèbrent.
Regardons les faits.
La « réserve stratégique » américaine se limite pour l’instant aux bitcoins saisis par les autorités fédérales. Environ 200 000 BTC accumulés au fil des saisies judiciaires. Pas un dollar de budget fédéral n’a été alloué à l’achat de nouveaux bitcoins. Le Congrès n’a voté aucune loi. Le plan Lummis reste une proposition.
Les ETF, eux, sont détenus par des gestionnaires privés. BlackRock, Fidelity, Grayscale. L’État américain ne possède pas ces bitcoins. Il régule. Il taxe. Il observe. Mais il n’accumule pas.
Ce que cela signifie : l’Amérique institutionnalise Bitcoin comme un actif financier. Elle le domestique dans son système. Elle ne l’adopte pas comme un outil de souveraineté monétaire.
Le silence russe
Février 2022 : les sanctions occidentales gèlent 300 milliards de dollars de réserves russes. Du jour au lendemain, Moscou découvre que ses avoirs en dollars et en euros ne lui appartiennent plus. Ils appartiennent à ceux qui contrôlent le système SWIFT.
Cette leçon, la Russie ne l’oubliera pas.
Depuis, les signaux s’accumulent. Discrets. Cohérents. Stratégiques.
Le minage. La Russie est devenue le deuxième pays mineur de Bitcoin au monde, derrière les États-Unis. Officiellement, 16% du hashrate mondial. Officieusement, davantage. Le gouvernement a légalisé le minage industriel en août 2024. Les centrales nucléaires et hydroélectriques sibériennes tournent à plein régime. L’énergie russe, invendable en Europe, trouve un acheteur qui ne demande pas de passeport : le réseau Bitcoin.
Le contournement. Le ministère des Finances russe a confirmé que des entreprises utilisent Bitcoin pour le commerce international. Pétrole contre crypto. Gaz contre crypto. Les sanctions occidentales s’appliquent au dollar. Elles ne s’appliquent pas à un réseau décentralisé sans juridiction.
L’accumulation. Aucune annonce officielle. Aucun communiqué de presse. Mais les analystes on-chain observent des mouvements. Des portefeuilles massifs. Des transactions régulières. La Russie n’a pas besoin de déclarer une réserve stratégique. Elle la constitue.
La leçon de l’histoire monétaire
Les empires dominants parlent. Les empires montants agissent.
En 1944, les États-Unis n’ont pas annoncé qu’ils allaient dominer le système monétaire mondial. Ils ont accumulé 70% des réserves d’or mondiales pendant que l’Europe se déchirait. Bretton Woods n’a fait qu’entériner une réalité déjà constituée.
En 1971, Nixon n’a pas demandé la permission pour suspendre la convertibilité du dollar en or. Il l’a fait un dimanche soir, sans prévenir ses alliés. Les faits accomplis précèdent toujours les déclarations.
Aujourd’hui, l’Amérique organise des sommets sur Bitcoin. La Russie mine, accumule et contourne.
La vraie question est : qui joue aux échecs et qui joue aux dames ?
Ce que Poutine a compris
Vladimir Poutine n’est pas un idéologue du Bitcoin. Il n’a pas lu Saifedean Ammous. Il ne croit pas à la souveraineté individuelle. Mais il comprend trois choses que beaucoup d’Occidentaux refusent de voir.
Premièrement : le dollar est une arme. Les sanctions de 2022 ont prouvé que détenir des réserves en dollars revient à stocker sa richesse dans le coffre-fort de son adversaire. Un adversaire qui peut changer les serrures quand il le décide.
Deuxièmement : Bitcoin est neutre. Le réseau ne distingue pas un portefeuille russe d’un portefeuille américain. Il valide des transactions. Point. Cette neutralité technique est une aubaine pour tout pays en conflit avec l’ordre monétaire occidental.
Troisièmement : l’énergie est la clé. La Russie possède des ressources énergétiques immenses et désormais difficiles à exporter vers l’Ouest. Le minage de Bitcoin transforme cette énergie bloquée en valeur stockable et transférable. Chaque kilowattheure sibérien devient un satoshi souverain.
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Les signaux faibles à surveiller
La Chine observe. Pékin a interdit le minage en 2021. Officiellement. Mais les fermes ont migré vers des provinces reculées. Et surtout, la Chine regarde la Russie expérimenter. Si le modèle fonctionne, ne soyez pas surpris de voir Pékin changer de doctrine.
Les BRICS construisent. Le sommet de Kazan en octobre 2024 a évoqué un système de paiement alternatif au dollar. Bitcoin n’a pas été mentionné publiquement. Mais les discussions techniques portent sur des actifs numériques décentralisés. Quand le communiqué final parle de « nouvelles infrastructures de règlement », lisez entre les lignes.
L’or et Bitcoin convergent. Les banques centrales des pays émergents accumulent de l’or depuis 2022 à un rythme record. La Russie, la Chine, l’Inde, la Turquie. Même logique : se dédollariser. Bitcoin est l’or numérique. La transition est une question de temps, pas de principe.
Ce que cela signifie pour votre patrimoine
Vous vivez en France. Vous payez vos impôts en euros. Vous n’avez aucune sympathie pour le Kremlin. Je comprends.
Mais votre patrimoine ne connaît pas la géopolitique. Il connaît la physique monétaire.
Si les grandes puissances non-occidentales adoptent Bitcoin comme outil de contournement et de réserve, la demande structurelle pour cet actif va croître indépendamment des décisions de Washington. Les ETF américains seront un canal parmi d’autres. Le prix sera fixé par l’ensemble des acteurs mondiaux, pas par la SEC.
Ce que cela signifie concrètement :
Ne regardez pas Bitcoin à travers le prisme américain. Les États-Unis ont dominé le récit pendant quinze ans. Ils ne domineront pas le prochain cycle.
Surveillez les flux, pas les discours. Les annonces de réserve stratégique font monter le cours pendant 48 heures. L’accumulation silencieuse de puissances souveraines change l’équilibre sur une décennie.
Détenez vos clés. Si Bitcoin devient un enjeu géopolitique majeur, la pression réglementaire sur les intermédiaires occidentaux va s’intensifier. Les plateformes devront choisir leur camp. Vos bitcoins en self-custody ne demandent l’avis de personne.
Le paradoxe final
L’Amérique veut que Bitcoin réussisse comme un actif financier domestiqué.
La Russie veut que Bitcoin réussisse comme une arme de contournement.
Les deux ont besoin que le réseau fonctionne. Les deux ont intérêt à ce que le prix monte. Les deux vont contribuer à l’adoption mondiale, chacun pour ses propres raisons.
C’est la beauté d’un protocole neutre. Il n’a pas d’opinion sur ses utilisateurs. Il valide des blocs.
L’Amérique est le bruit. La Russie est le signal. Et Bitcoin est le réseau qui n’écoute ni l’un ni l’autre.
À vous de décider de quel côté de l’histoire vous voulez placer votre patrimoine.
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Avec l’aimable participation de Samuel Dumas


