Par Louis Alexandre de Froissard le 3/12/14

Alternative à la Baisse des rémunérations des contrats d’assurance vie

 

noyer assurance vie

Christian NOYER « […] J’attends cette année une baisse significative du taux de rémunération des contrats d’assurance vie.” Le gouverneur de la Banque de France vient de faire part de son inquiétude concernant les compagnies d’assurance vie.

L’assurance vie est le placement préféré des français face au Livret A qui affiche un faible rendement. Ainsi, entre janvier et septembre 2014, l’assurance vie affiche une collecte nette (versements supérieurs aux retraits) de 17,4 milliards d’euros.

Ce placement reste chéri par les français même si le rendement de ces contrats en euros baisse depuis des années (4,5% en 2003, 4,1% en 2007 et 2,8% en 2013).

 

Une dangereuse course au meilleur rendement …

L’assurance vie a beaucoup de succès car les compagnies d’assurance attirent avec des rendements [1] attractifs. Nous savons que les règles prudentielles imposent de détenir au moins 80% de dette d’Etat dans les « actifs garantis ».

Or, pour attirer les épargnants et afficher de tels taux, les assureurs puisent dans leurs réserves et acquièrent de la dette d’Etat à prix élevé et offrant des intérêts faibles (aux alentours de 1% l’an sur un titre de maturité 10 ans !).

En cas de remontée des taux, ces obligations perdraient de la valeur et les assurés déplaceraient leur épargne vers d’autres produits.

Cela constitue donc un risque élevé pour les assureurs (et donc les assurés) dans la mesure où ils devraient vendre des titres en moins-values pour rembourser les épargnants. Un certain nombre de contrats prévoient des clause d’absence (ou de limite) de liquidité dans ce cas de figure.

C’est dans cette optique que Monsieur NOYER souhaite une baisse des rendements.assurance vie rendement

Parallèlement à ce souhait, et dans le but de rassurer les assurés, il précise que « les épargnants peuvent être rassurés de savoir que les taux que continueront à leur proposer les assureurs sur le long terme allieront prudence et rentabilité“.

Effectivement, si les assurés optent pour les contrats d’assurance vie en euros à capital garanti c’est évidemment pour s’assurer un placement sécuritaire avec un rendement maximal.

Donc si les taux de rendements baissent, cela risque de faire fuir de nombreux épargnants.

D’un autre côté, si les assureurs continuent à agir comme ils le font, cela risque de les mettre en grande difficulté et à plus ou moins long terme créer une faillite. Les épargnants risquent de ne pas plus aimer cette solution.

 

En clair, pour les épargnants qui veulent un placement sécuritaire, cette volonté de Mr NOYER de faire baisser les taux de rémunération n’est pas satisfaisante. Mais le risque de faillite de leur compagnie ne l’est pas plus. Il faudrait éviter de reproduire ce qu’a connu le Japon dans les années 90 avec la faillite de 4 de ses 10 plus gros assureurs-vie.

 

…Confirmée par des tests de résistance…

Et ce risque n’est pas fantaisiste, les tests de résistance[2] menés par l’Eiopa (Autorité Européenne des Assurances et des Pensions Professionnelles) font ressortir la vulnérabilité du secteur européen face à une période prolongée de taux d’intérêt bas. D’après le rapport de l’Eiopa, si cette période s’éternise, cela pourrait conduire « certains assureurs à avoir des difficultés à tenir leurs engagements vis-à-vis de leurs clients à un horizon de 8 à 10 ans ». Dans ce cas, les rendements promis par les assureurs ne seront pas atteints. D’où l’utilité de baisser les taux de rendements promis pour faire face à d’éventuels soucis de ce genre.

Cependant, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution précise tout de même que « le SCR (capital de solvabilité requis) en situation de base est satisfait par l’ensemble des groupes français ». Cela signifie que les assureurs nationaux pourraient couvrir leur capital de solvabilité requis en cas de crise (baisse de la valeur des actifs et du taux sans risque).

Les situations les plus dramatiques dans ce cas de risque se situeront donc plus au niveau européen, épargnant donc légèrement la France. Effectivement, sur la base des comptes 2013, de nombreuses compagnies européennes (représentant environ 3% des actifs) ne parviendraient pas à atteindre les 100% de SCR en cas de crise.

 

… devant amener les épargnants à repenser leur placement…

Pour faire face à cette baisse des taux de rendement tout en gardant un placement sécuritaire, des solutions existent comme souscrire à plusieurs contrats d’assurance vie dans différentes compagnies afin d’étaler les risques.

Ou encore diversifier ses placements. En effet, il suffit de quelques fonds bien choisis pour booster le rendement de son contrat. Par exemple, vous pouvez renforcer les unités de comptes sur des marchés plus rémunérateurs pour espérer un meilleur rendement de votre épargne (mais le degré de risque augmente, donc à voir si cela correspond à votre profil).

Ou encore, dans le domaine peu risqué (mais non garanti), les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) sont un très bon placement. Elles investissent dans des biens réels (en général l’immobilier de bureaux et de commerce) et dégage des performances plus que correctes.

assurance vieUne autre alternative intéressante consisterait à créer une Société Civile de Portefeuille (portefeuille de valeurs mobilières) dont les parts seraient démembrées afin de procéder à des investissements directs, notamment dans le crowdfunding (ou Financement Participatif).

En fait, il faudrait retirer une certaine quantité de fonds euro du contrat d’assurance vie afin de le placer dans certaines offres de crowdfunding. Le financement participatif pouvant se faire ici par le biais de Prêts entre particuliers ou avec des apports en fonds propres, ou d’autres systèmes.

Pour obtenir les effets de l’assurance vie, on donne la nue propriété des parts de la SC à ses héritiers présomptifs et en cas de décès il y peu ou pas de droit de succession.

Ce système n’est qu’au début de son développement mais en théorie, le souscripteur ne connaît pas plus de risque sur ce marché que sur un autre sachant qu’il est remboursé à plus ou moins long terme en fonction du choix de placement qu’il fait.

 

En conclusion, l‘assurance vie conserve sa fiscalité avantageuse et reste un des meilleurs investissements garanti, malgré des rendements en baisse.

Les investisseurs recherchant de la performance ont intérêt à aller au-delà des fonds garantis et l’assurance vie offre de nombreuses possibilités de diversification (à côté des fonds en euros) pour booster leur épargne. La diversification de ses placements est elle aussi essentielle.

 

Résumé des alternatives :

  • prendre un peu de risque sur des fonds flexibles/prudents
  • investir dans plusieurs contrats d’assurance
  • si vous avez la possibilité utiliser les contrats de Droit Luxembourgeois mais sans fonds euros
  • utiliser le crowdfunding, avec ou sans Société Civile

assurance vie taux

[1] Rendement : écart de valorisation positif d’un contrat d’assurance vie d’une année sur l’autre.

[2] Test de résistance ou stress test : vise à mesurer la solidité des assureurs européens face à différents types de risques liés aux taux d’intérêts, aux obligations d’entreprises et publiques et aux mouvements des marchés actions.

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Louis Alexandre de Froissard
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