La France a enregistré 30 agressions physiques visant des détenteurs de crypto-actifs au premier semestre 2026, plus qu’aucun autre pays, selon Chainalysis. La réponse patrimoniale tient en trois points : réduire ce qui vous rend repérable, répartir la détention entre plusieurs niveaux d’accès, et associer vos proches à cette organisation.
Un client détenteur de bitcoin nous a posé la question au printemps, presque en s’excusant de la trouver excessive : est-ce que je risque quelque chose, physiquement, parce que j’en possède ? La question n’est plus excessive. Les chiffres publiés le 6 août 2026 par Chainalysis, puis la confirmation par Bercy le 14 août d’une extraction de données fiscales portant sur 678 000 contribuables, dessinent un contexte que peu de détenteurs ont anticipé.
Ce qui rend un patrimoine numérique attirant pour ce type de crime
Un virement bancaire sous contrainte laisse une trace, passe par un service de conformité, peut être bloqué puis rappelé. Un transfert de crypto-actifs se règle en quelques minutes, sans intermédiaire à convaincre, et il est définitif. Aucun service client ne l’annulera.
S’ajoute une seconde particularité. Les protections qui entourent la fortune classique, coffre de banque, notaire, dépositaire, ne s’appliquent pas d’office aux actifs numériques. Une personne peut détenir seule, chez elle, sur un support tenant dans une poche, une valeur qu’aucun cambrioleur ne pouvait espérer emporter d’un domicile il y a quinze ans. La logique du délinquant tient en une phrase : la richesse est là, elle part en quelques minutes, et personne ne s’interpose.

La France concentre le plus grand nombre d’incidents connus
Avant 2025, la France comptait moins d’un incident de ce type par mois. Chainalysis en a recensé 19 sur l’année 2025, puis 30 sur le seul premier semestre 2026, ce qui la place devant les États-Unis, le Brésil et la Thaïlande. Le décompte des autorités est plus élevé : le 30 juin 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez faisait état de plus de 70 faits documentés et annonçait un dispositif d’alerte pour les personnes exposées.
| Indicateur | Année 2025 | Premier semestre 2026 |
|---|---|---|
| Montant dérobé dans le monde | 58 millions de dollars | Plus de 30 millions de dollars |
| Exposition totale, tentatives comprises | 180 millions de dollars | Environ 107 millions de dollars |
| Taux de réussite des agresseurs | 49 %, soit 47 cas sur 95 | 26 %, soit 12 cas sur 46 |
| Incidents connus en France | 19 | 30 publiquement connus, plus de 70 selon l’Intérieur |
| Rythme mensuel en France | 1,9 par mois | 4,6 par mois |
| Part des cambriolages à domicile | 14 % | 37 % |
Un chiffre de ce tableau mérite d’être lu à l’envers. Le taux de réussite des agresseurs s’effondre, de 67 % en 2024 à 26 % au premier semestre 2026. Chainalysis y voit des attaques plus nombreuses et moins préparées, menées sur des listes de noms plutôt que sur des cibles étudiées, par des équipes recrutées à la va-vite sur des messageries.
La réponse judiciaire suit. Les faits relèvent de la juridiction spécialisée en criminalité organisée : environ 200 interpellations, 88 mises en examen et 75 détentions provisoires à la mi-2026, d’après le même décompte.
D’où viennent les listes de cibles
Chainalysis rattache l’emballement français à une affaire de 2024. Une agente de l’administration fiscale de la région parisienne est mise en cause pour avoir cédé à des intermédiaires criminels des dossiers de détenteurs fortunés comprenant noms, adresses et avoirs. Elle a été interpellée en juin 2025. Rien n’est jugé à ce jour : ce qui précède reflète l’état des informations publiques.
Une deuxième source a nourri le phénomène : la compromission, en janvier 2026, d’un prestataire français de déclaration fiscale de crypto-actifs, portant sur environ 50 000 utilisateurs.
Et le 14 août 2026, Bercy a publié un communiqué qui change l’échelle du sujet. Un acteur malveillant a obtenu des accès illégitimes au système d’information de la Direction générale des Finances publiques en juin et juillet 2026, en usurpant les identifiants d’un agent et d’un tiers habilité. Les investigations ont établi l’extraction de données concernant 678 000 particuliers et professionnels : revenu fiscal de référence, quotient familial, taux de prélèvement à la source, raison sociale et SIREN pour les entreprises, ainsi que des données cadastrales d’adresses et de surfaces de biens immobiliers. Les espaces personnels, les identifiants et les mots de passe n’ont pas été compromis. La CNIL a été saisie et chaque personne concernée devait être contactée à partir de la semaine du 17 août.
Point important pour éviter un contresens : ce fichier n’identifie pas les détenteurs de crypto-actifs. Il croise des revenus, des noms et des adresses, ce qui suffit à établir une liste de foyers aisés localisables. Le lien avec les actifs numériques se fait ailleurs. Le 13 août, un fabricant de portefeuilles matériels annonçait qu’une intrusion chez son prestataire logistique avait exposé les coordonnées de près de 14 000 clients, dont 11 742 avec téléphone et adresse de livraison.
Ce qui rend un détenteur repérable
Chainalysis relève que 93 % des victimes françaises sont des résidents locaux, ce qui suppose un travail de repérage préalable. Le tableau ci-dessous reprend les canaux d’exposition les plus courants et la question patrimoniale que chacun soulève.
| Canal d’exposition | La question à se poser |
|---|---|
| Publications personnelles | Vos comptes laissent-ils deviner un montant, une performance, une date d’achat ? |
| Vie professionnelle et événements | Votre nom circule-t-il sur des listes de participants, des annuaires, des tables rondes ? |
| Fuites de données de tiers | Combien de prestataires détiennent votre adresse de livraison, et depuis quand ? |
| Traçabilité des transactions | Une adresse publique est-elle rattachable à votre identité civile ? |
| Entourage proche | Qui, en dehors de vous, sait ce que vous détenez et pourrait en parler sans y penser ? |
La plupart de ces expositions sont involontaires et anciennes, héritées d’une époque où parler de bitcoin à table relevait de la curiosité. Le but est de savoir ce qui circule, pas de vivre caché.

Répartir la détention plutôt que la dissimuler
La question centrale est celle-ci : que peut-on obtenir de vous en une heure ? Si la réponse est la totalité de votre patrimoine numérique, l’organisation est à revoir. Si elle porte sur une fraction, le reste demandant des délais, des accords ou des tiers, le calcul de l’agresseur change et sa violence perd son objet.
Trois principes structurent ce travail, sans entrer dans les modalités techniques. Séparer ce qui est immédiatement mobilisable de ce qui ne l’est pas, comme on distingue un compte courant d’un contrat d’assurance vie. Recourir aux mécanismes qui interdisent à une seule personne de déclencher un transfert important, par pluralité de signatures, par plafonds ou par délais. Confier enfin une part de la conservation à un prestataire agréé : depuis le 1er juillet 2026, seuls les titulaires d’un agrément CASP au titre du règlement européen MiCA peuvent exercer en France, ce qui donne un cadre lisible à cette option.
Ces choix ont des conséquences fiscales et successorales. Répartir la détention entre plusieurs supports, une société ou plusieurs membres d’une famille modifie l’assiette taxable, les obligations déclaratives et les conditions de transmission. C’est le domaine de l’ingénierie patrimoniale, à traiter en même temps que la sécurité. Nos réponses en matière d’actifs numériques et de placements alternatifs partent de cette double lecture.
Vos proches font partie du périmètre
L’évolution la plus nette depuis 2021 concerne les cibles. Les agresseurs visaient presque exclusivement le détenteur. Début 2026, 25 à 30 % des incidents mondiaux touchent un proche, et la proportion dépasse 40 % en France. Conjoint, enfants, parents âgés, associé : la pression s’exerce sur le maillon le plus accessible.
Cela déplace deux sujets patrimoniaux classiques. D’abord la transmission. Un proche qui ignore tout de vos avoirs numériques est vulnérable sans le savoir, et un proche qui en connaît le détail devient un point d’entrée. Le bon équilibre consiste souvent à ce qu’une personne de confiance sache où trouver l’information le moment venu, sans détenir les moyens d’y accéder. Les règles de droit du patrimoine encadrent ce type de dispositif.
Ensuite l’assurance. Les contrats dits kidnapping et rançon, longtemps réservés aux groupes exposés à l’international, s’ouvrent depuis le début de 2026 aux détenteurs importants d’actifs numériques. Ils couvrent les frais de négociation, l’accompagnement médical et psychologique, le conseil juridique, et selon les cas la rançon lorsque son versement est licite. La presse spécialisée relève des primes de 4 000 à 12 000 euros par an, fourchette indicative qui dépend du profil. Les exclusions méritent une lecture attentive avant toute souscription.
Le réflexe si la menace se concrétise
Trois points à retenir. En cas de danger immédiat, le 17 reste le numéro à composer, et la sécurité physique passe avant les avoirs. Une fois les faits passés, le dépôt de plainte ouvre l’enquête, permet le gel éventuel des fonds sur les plateformes et conditionne l’indemnisation. Enfin, un transfert contraint laisse une trace sur la blockchain, y compris après plusieurs intermédiaires, et cette traçabilité sert aujourd’hui les enquêteurs.
Une menace reçue par message, sans passage à l’acte, se signale de la même manière. Les 88 mises en examen du premier semestre montrent que ces dossiers avancent.
Ce qu’un cabinet apporte sur ce sujet
Un détenteur qui organise seul sa conservation devient son propre point de défaillance unique. S’il disparaît, ses avoirs disparaissent avec lui. S’il est contraint, tout part en une fois. Faire entrer un tiers professionnel répartit cette charge entre plusieurs mains et plusieurs supports, avec les obligations déclaratives qui vont avec, du formulaire 3916-bis à la fiscalité des plus-values.
Le cabinet accompagne des détenteurs d’actifs numériques depuis plusieurs années, avec la même méthode que pour un contrat d’assurance vie ou un patrimoine immobilier. Notre équipe traite la structuration et la fiscalité ensemble.
Vous détenez des crypto-actifs et vous n’avez jamais posé la question de l’exposition physique ? Un premier échange de trente minutes suffit à savoir si votre organisation actuelle tient. Prendre rendez-vous avec un conseiller
Questions fréquentes
Suis-je concerné si je détiens quelques milliers d’euros de crypto ?
Le risque reste concentré sur les patrimoines importants et sur les personnes identifiables. La chute du taux de réussite des agresseurs, de 67 % en 2024 à 26 % au premier semestre 2026, tient à des attaques menées sur des listes mal renseignées, donc parfois sur des personnes qui ne détenaient pas ce que l’on croyait. La discrétion vaut à tous les niveaux.
La fuite de données de la DGFiP révèle-t-elle qui détient des cryptomonnaies ?
Non. D’après le communiqué du ministère du 14 août 2026, les données extraites portent sur le revenu fiscal de référence, le quotient familial, le taux de prélèvement à la source, la raison sociale et le SIREN des entreprises, ainsi que sur des adresses et surfaces cadastrales. Aucune information sur la détention d’actifs numériques n’est mentionnée.
Comment savoir si mes données figurent dans cette extraction ?
La DGFiP a annoncé contacter chacune des 678 000 personnes concernées, par courriel ou par courrier, à partir de la semaine du 17 août 2026. Aucun message officiel ne vous demandera vos identifiants ou un paiement : toute sollicitation de ce type est une tentative de hameçonnage.
Confier ses crypto-actifs à un prestataire agréé réduit-il le risque ?
Cela déplace le risque plutôt qu’il ne le supprime. Un dépositaire agréé CASP au sens du règlement MiCA applique des procédures de retrait, des délais et des contrôles internes qu’une contrainte exercée sur vous ne lève pas en quelques minutes. En échange, vous acceptez un risque de contrepartie et des conditions contractuelles à examiner.
Faut-il déclarer une agression à l’administration fiscale ?
Un vol ne constitue pas une cession imposable au sens de l’article 150 VH bis du code général des impôts, mais la disparition d’actifs pèse sur le suivi de votre portefeuille et sur vos déclarations ultérieures. Le dépôt de plainte reste la pièce justificative de référence.
Mon assurance habitation couvre-t-elle un vol de cryptomonnaies ?
Rarement en l’état. Les contrats multirisques habitation couvrent les biens matériels et les espèces dans des limites basses, sans viser les actifs numériques. Une couverture spécifique relève de contrats dédiés, dont les contrats kidnapping et rançon.
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Cet article délivre une information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Tout investissement comporte un risque de perte en capital, renforcé pour les crypto-actifs par une volatilité élevée et par l’absence de garantie des dépôts. Les faits et chiffres cités sont à jour au mois d’août 2026, sous réserve de la loi de finances en vigueur et de l’évolution des procédures judiciaires évoquées.
Louis Alexandre de Froissard, Montaigne Patrimoine


