La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 gèle le calendrier de la réforme de 2023 jusqu’en 2028. Pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026, les générations 1964 à 1968 partent un trimestre plus tôt que prévu, avec parfois un ou deux trimestres de cotisation en moins.
Ce que la loi a gelé, et jusqu’à quand
La réforme de 2023 relevait l’âge légal de trois mois par génération, de 62 ans pour les assurés nés avant septembre 1961 jusqu’à 64 ans pour ceux nés à partir de 1968. La durée d’assurance requise suivait le même escalier, de 167 à 172 trimestres. L’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 arrête cette montée en marche. Le calendrier reprendra en 2028.
Deux décrets du 7 mai 2026, publiés au Journal officiel le lendemain, en ont fixé les modalités. Le décret n° 2026-344 traite des fonctionnaires et des ouvriers de l’État. Le décret n° 2026-345 traite du régime général, du départ anticipé pour carrière longue et de l’âge légal à Mayotte. Un troisième texte est venu s’ajouter le 29 juillet, j’y reviens plus bas.
La date d’effet compte plus que tout le reste. Ces règles valent pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Un départ au 1er août relève encore de l’ancien barème. Un mois d’écart sur la date d’entrée en jouissance peut donc valoir un trimestre entier de décote.

Le nouvel âge légal, génération par génération
Le décalage porte sur cinq générations, de 1964 à 1968. Les assurés nés en 1969 et après restent à 64 ans et 172 trimestres, sans changement. Les générations antérieures à 1964 conservent le barème qui était déjà le leur. Le tableau ci-dessous reprend les chiffres publiés par l’Assurance retraite pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
| Génération | Âge légal | Trimestres requis, et rappel du barème de 2023 |
|---|---|---|
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres. Inchangé |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres, au lieu de 63 ans et 171 trimestres |
| 1965, naissance du 1er janvier au 31 mars | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres, au lieu de 63 ans et 3 mois et 172 trimestres |
| 1965, naissance du 1er avril au 31 décembre | 63 ans | 171 trimestres, au lieu de 63 ans et 3 mois et 172 trimestres |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 trimestres, au lieu de 63 ans et 6 mois |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres, au lieu de 63 ans et 9 mois |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres, au lieu de 64 ans |
| 1969 et au-delà | 64 ans | 172 trimestres. Inchangé |
La génération 1965 mérite un arrêt. Les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars gagnent six mois d’âge légal et deux trimestres de cotisation. Ceux nés à partir du 1er avril gagnent trois mois et un trimestre. Une naissance fin mars et une naissance début avril n’ouvrent pas les mêmes droits.
Carrière longue, quelques mois gagnés pour ceux qui ont commencé jeune
Le départ anticipé pour carrière longue suit le même mouvement, avec une amplitude un peu plus fine. Le principe ne bouge pas : avoir commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans, et avoir validé au moins cinq trimestres avant la fin de l’année civile de cet anniversaire. Quatre trimestres suffisent pour une naissance au dernier trimestre de l’année, ou pour une carrière débutée au régime des non salariés agricoles.
Voici le barème pour un début d’activité avant 20 ans, la borne la plus fréquente dans les dossiers que nous instruisons.
| Génération | Âge de départ | Trimestres requis, et écart avec le barème de 2023 |
|---|---|---|
| 1964 | 60 ans et 6 mois | 170 trimestres. Inchangé |
| 1965, du 1er janvier au 31 mars | 60 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1965, du 1er avril au 30 novembre | 60 ans et 9 mois | 171 trimestres |
| 1965, du 1er au 31 décembre | 60 ans et 8 mois | 171 trimestres, un mois plus tôt |
| 1966 | 60 ans et 9 mois | 172 trimestres, trois mois plus tôt |
| 1967 | 61 ans | 172 trimestres, trois mois plus tôt |
| 1968 | 61 ans et 3 mois | 172 trimestres, trois mois plus tôt |
| 1969 | 61 ans et 6 mois | 172 trimestres, trois mois plus tôt |
| 1970 | 61 ans et 9 mois | 172 trimestres, trois mois plus tôt |
Les assurés nés en 1969 et 1970 gagnent eux aussi trois mois sur ce dispositif, alors que leur âge légal de droit commun ne bouge pas. La carrière longue s’étend donc sur sept générations là où l’âge légal n’en concerne que cinq.
Deux trimestres pour enfant comptent désormais dans la carrière longue
Le décret n° 2026-700 du 29 juillet 2026, publié au Journal officiel du 31 juillet, corrige un angle mort qui pénalisait surtout les mères. Jusqu’ici, les trimestres attribués au titre de la naissance, de l’adoption ou de l’éducation d’un enfant n’entraient pas dans la période dite réputée cotisée, celle qui commande l’accès au départ anticipé. Ils comptaient pour le taux plein, sans compter pour la carrière longue.
Le texte les y fait entrer, dans la limite de deux trimestres par assuré. Deux trimestres au total, et non deux par enfant : la limite est globale. Elle s’applique au régime général, à la fonction publique, aux professions libérales, aux avocats, aux régimes agricoles et à Saint-Pierre-et-Miquelon, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Le décret est pris pour l’application de l’article 104 de la même loi du 30 décembre 2025.
Deux trimestres paraissent peu de chose. Pour une assurée à qui il manquait exactement cela pour franchir le seuil de la carrière longue, ils séparent un départ à 60 ans et 9 mois d’un départ à 63 ans et 3 mois. Deux ans et demi d’écart, sur un dossier qui se joue à quelques semaines de cotisation.

Ce que la suspension ne touche pas
Le mode de calcul de la pension reste identique. Salaire annuel moyen des vingt-cinq meilleures années, taux de 50 % au maximum, décote et surcote inchangées. La surcote reste fixée à 1,25 % par trimestre travaillé au-delà de l’âge légal et du nombre de trimestres requis.
L’âge du taux plein automatique ne bouge pas davantage : 67 ans pour les assurés nés en 1955 et après, quel que soit le nombre de trimestres validés. Les titulaires d’une pension d’invalidité, les assurés reconnus inaptes au travail et ceux qui justifient d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % conservent leur accès au taux plein sans condition de durée.
Une suspension n’est pas une abrogation. Le calendrier reprend en 2028, et sa forme à cette date reste ouverte : une élection présidentielle se tient entre-temps. Prudence, donc, avec les projections de départ construites au-delà de 1970.
Trois arbitrages patrimoniaux que ce calendrier peut déplacer
La date d’effet de la pension. Si votre départ était calé sur l’été 2026, décaler la date d’effet au 1er septembre peut vous faire basculer dans le nouveau barème. L’écart se compte en trimestres de décote évités, donc en points de pension versés à vie. Sur une pension de 2 000 euros bruts par mois, un trimestre de décote en moins représente environ 25 euros mensuels, soit 300 euros par an pendant vingt-cinq ans.
Le rythme des versements sur un plan d’épargne retraite. Un départ avancé de trois ou six mois raccourcit d’autant la phase d’épargne et rapproche la sortie. Sur un plan d’épargne retraite, cela déplace le calendrier de déblocage, le choix entre rente et capital, et l’année d’imposition de la sortie. Un versement effectué en décembre plutôt qu’en janvier peut se retrouver dans une tranche marginale différente.
L’articulation avec vos autres revenus. Une pension qui démarre plus tôt se cumule avec des revenus fonciers, des rachats sur un contrat d’assurance vie ou une rémunération de dirigeant. La question du taux marginal se pose alors sur une année de transition, souvent la plus chargée fiscalement de la séquence.
Vérifier son relevé de carrière avant tout le reste
Aucun de ces calculs ne tient si le relevé de carrière comporte une erreur. Périodes de chômage non reportées, apprentissage oublié, trimestres d’un régime étranger jamais rattachés, service militaire absent : les manques se découvrent souvent au moment de la demande, quand il ne reste plus le temps de les régulariser.
Le relevé se consulte gratuitement depuis l’espace personnel de l’Assurance retraite. Nous conseillons de le passer en revue à 55 ans, puis tous les trois ans, et systématiquement dix-huit mois avant la date de départ envisagée. Notre équipe accompagne ce travail dans le cadre d’un diagnostic retraite, en le reliant au reste du patrimoine plutôt qu’en le traitant seul.
Vous êtes né entre 1964 et 1970 et votre départ est prévu dans les deux ans ? Nous reprenons votre relevé de carrière, chiffrons les deux scénarios de date d’effet et regardons ce que cela change sur votre stratégie patrimoniale d’ensemble. Prendre rendez-vous avec un conseiller.
Questions fréquentes
À partir de quand le nouveau barème s’applique-t-il ?
Aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. C’est la date d’entrée en jouissance de la retraite qui compte, et non la date de dépôt du dossier ni la date de cessation d’activité. Un départ au 1er août 2026 reste soumis à l’ancien barème.
Je suis né en 1966, à quel âge puis-je partir ?
À 63 ans et 3 mois si vous relevez du droit commun, contre 63 ans et 6 mois auparavant, avec 172 trimestres requis pour le taux plein. Si vous avez commencé à travailler avant 20 ans et remplissez les conditions de carrière longue, le départ peut intervenir à 60 ans et 9 mois, contre 61 ans auparavant.
La suspension change-t-elle le montant de ma pension ?
Pas directement. Les règles de calcul restent les mêmes. L’effet passe par la décote : partir plus tôt avec le nombre de trimestres requis évite une minoration définitive. À l’inverse, partir plus tôt sans avoir les trimestres nécessaires produit toujours une décote.
Les deux trimestres pour enfant s’ajoutent-ils par enfant ?
Non. Le décret du 29 juillet 2026 plafonne la mesure à deux trimestres par assuré, quel que soit le nombre d’enfants. Ces trimestres entrent dans la période réputée cotisée retenue pour la carrière longue. Les majorations de durée d’assurance pour enfant continuent de compter normalement pour le taux plein.
Mon dossier de retraite est déjà déposé, dois-je le refaire ?
Non, les caisses appliquent les nouveaux barèmes d’office aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. En revanche, si votre date d’effet est fixée avant cette échéance et que le décalage vous serait favorable, une demande de modification de la date d’entrée en jouissance se discute avec votre caisse avant la liquidation.
Que se passe-t-il après 2028 ?
En l’état des textes, le calendrier de la réforme de 2023 reprend son cours. Aucune disposition ne prolonge la suspension au-delà. Les générations nées à partir de 1969 restent aujourd’hui fixées à 64 ans et 172 trimestres.
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Cet article délivre une information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les âges et durées indiqués supposent une carrière relevant du régime général et peuvent varier selon les régimes, les périodes validées et la situation individuelle. Tout investissement comporte un risque de perte en capital, renforcé par la volatilité sur les crypto-actifs. Information à jour au mois d’août 2026, sous réserve de la loi de finances en vigueur et des textes réglementaires à paraître.
Louis Alexandre de Froissard, Montaigne Patrimoine

